Les heures passives

Les heures passives sont celles passées dans la voiture, à regarder le coucher du soleil défiler à travers la fenêtre. Ce sont les heures à pensées, à penser seulement. Ce sont les heures silencieuses souvent, parce que la fatigue et la paresse nous amènent là. Les heures passives sur le chemin entre la vie étudiante et la vie à la maison. Les heures passives sur le chemin entre ma vie toute seule et ma vie dans le cocon familial. Les heures passives sur le chemin entre l’indépendance, l’autonomie et la sécurité du logis.

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Sur la route qui mène à la « maison », il y a des étendues de rêves à n’en plus finir. Au loin, des énigmes en accéléré, un mystère à soulever. Un paysage qui semble immobile, tandis que nous, nous ne nous paraissons faire qu’avancer. Immobilité. Les fesses dans le fauteuil de la voiture. A devoir regarder le temps passer, impuissants. A l’intérieur de la carrosserie de papier je fais le point. Je trie toutes les informations venues un peu trop vite. J’empile, je classe, je fais des dossiers. Je mets de l’ordre dans ce fouillis interne et je me laisse emmener. Les heures passives de l’extérieur, riches de l’intérieur. Seul moment, dans la lutte face aux minutes, où la liste des choses à faire n’est pas longue longue longue. Pas de choix auxquels faire face, non plus.

S’asseoir et patienter seulement.

Assise et patiente, je creuse des tunnels entre les problèmes, j’envoie des messages pour me rassurer, je navigue à l’intérieur autant qu’à l’extérieur. Dehors, il y a de longues étendues, des près, des routes goudronnées, des usines, des clochers d’églises, des rangées d’arbre qui forment un chemin et des maisons. Il y a aussi des villes dont on ignore le nom, des voitures dont on se demande la destination. Le ciel prend des airs de cathédrales, il se pare de camaïeux anodins et si uniques pourtant. Lasse, je regarde. Lasse, j’en fais des tableaux, un art pictural éphémère. Couleurs primaires et secondaires. Synthèse et pigments. Il y a le rouge des phares, le bleu du ciel et le blanc des panneaux. Mais aussi le rouge du ciel, le bleu des panneaux, et le blanc des phares. Tout se mélange. Le bitume, la pensée, l’acier, le bruit du klaxon, le cuir, le téléphone qui vibre, le tick-tack du clignotant, les questions posées par-ci par-là, et loin devant, la matière à rêver. Mobile, immobile, sonore, muet, tangible, invisible. Tout s’oppose. Tout s’entrechoque en douceur et m’enveloppe en me disant : tout ira bien, tu verras.

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Les heures passives, les heures aux pensées vagabondes, les heures qui ne m’ont jamais parues trop longues. Un peu trop regarder le téléphone parfois, s’obstiner à vouloir réviser parfois, lire encore tant que cela est possible parfois. Lutter contre les voix qui disent « Tu n’as pas eu le temps de faire ça… » et celles qui répètent « En arrivant, pense à faire ça. Surtout n’oublie pas.« . J’ai pensé trop de fois pendant ces heures que j’allais pouvoir être maîtresse du temps à venir. Je me suis fait des plannings que je n’ai pas respectés, j’ai complété des listes vagues comme la mer et j’ai attendu en regardant au travers des vitres de la voiture que le soleil se couche. J’ai répété mille fois qu’il fallait que je respire mieux, que je contrôle tout au-dedans pour qu’au-dehors cela aille mieux. Et surtout, surtout j’ai profité de ce temps précieux, ces pauses imposées.

C’est un peu comme une heure suspendue, deux fois par semaine. C’est un peu comme une grande inspiration-en-voyage. C’est un peu comme… de la passivité assumée. Et je vous le dis : cela fait du bien.

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Et vous, vous les vivez comment les heures où la passivité s’impose ?

Depuis le fauteuil de la voiture,

Manon

 

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2 réflexions sur “Les heures passives

  1. Quel joli texte, tout en poésie ! Quand j’avais 20 ans, le temps me paraissait parfois long mais je n’avais pas conscience à quel point ces heures passives sont nécessaires à notre bien-être personnel, surtout quand on est une personne solitaire et introvertie. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout le temps de laisser vagabonder mes pensées (surtout pas en voiture, à mon plus grand regret !) et cela me manque énormément, je me sens fatiguée car j’ai l’impression que mon cerveau ne se met jamais sur pause… C’est ce qui me pèse le plus dans ma vie de maman 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends ! Avec la prépa ça me fait parfois ça aussi, toujours penser aux cours, aux devoirs, réviser des dates dans sa tête.. des fois on a tendance à oublier qu’un cerveau doit aussi se reposer 😉 Je sais que certaines personnes utilisent le yoga, la sophrologie ou encore la méditation (ou jouent à Candy Crush hihi) pour remédier à cela.
      Merci pour ton commentaire Anne 💙

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