Taire toutes les voix

Au début, j’ai commencé à rédiger une introduction qui cherchait tant bien que mal une justification à l’article du jour. Mais comme dans la vie les choses ne se passent jamais comme on les prévoit, j’ai changé mes plans, j’ai tout effacé. Aujourd’hui au lieu de vous parler de quelque chose d’heureux, de positif comme je l’ai jusqu’ici souvent fait, je voudrais vous partager un texte teinté de couleurs un peu plus ternes.

J’ai tendance à penser que la blogosphère (plutôt lifestyle) se voudrait représentative de la vie réelle et de manière réaliste, sans trop de fards ni d’artifices, qui raconte les bons et les mauvais moments, qui partage le meilleur comme le moins drôle et qui n’est pas constamment toute rose bonbon à paillettes. J’abandonne rapidement la lecture des blogs qui me paraissent trop superficiels, trop « vendeurs » et impersonnels. J’aime quand on me parle de la vie, la vraie, dans tout ce qu’elle a de plus difficile et complexe. Quand elle est faite à la fois d’arcs-en-ciel et de casse-têtes chinois.

La semaine dernière, un jour où ça n’allait pas trop, j’ai pris mon clavier et j’ai essayé d’écrire à propos de mon vacarme, ma cacophonie intérieure. Je m’inquiétais, j’avais perdu ma plume, mon encrier et mes mots depuis un moment. Je ne savais plus quoi dire, ni comment le dire, je n’avais pas trop de soleil à raconter. J’avais plutôt des nuages, des petits cumulus, oh rien de très grave vous savez. Mais lorsque j’ai enfin tout mis en lettres, je me suis dit que non, je n’allais pas parler de ça ici, qu’on allait penser que je voulais attirer l’attention. J’avais peur d’inquiéter, de préoccuper. Et en m’écoutant d’un peu plus près j’ai compris que c’était aussi ça que j’avais envie de raconter ici, dans cette petite fenêtre Internet qui est la mienne. Alors l’article du jour est plutôt du côté « casse-tête chinois » de la force et c’est très bien ainsi, je crois.

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Cela peut arriver à n’importe quel moment de la journée.

Quand je mange mon diner, quand je prends des notes en cours, quand je discute avec une amie, quand je me brosse les dents. D’un coup, ça se bouscule au portillon, ça hurle, ça crie, ça fait trop de bruit. Ça déboule comme des tonneaux qui rouleraient sur une pente, et moi en bas, qui dois tous les réceptionner. « Ça », ce sont ces petites voix, ces auto-rappels à l’ordre, ces murmures et ces airs sournois. « Ça », ce sont des ordres, des commentaires et des jugements qui prolifèrent à l’intérieur, qui me polluent. « Ça », c’est quelque chose qu’en ce moment, je ne parviens pas à contrôler chez moi et alors, ça, ça me mange un peu, parfois.

Elles me disent que je peux faire mieux, elles me disent que je ne dois pas oublier de programmer ça, elles me disent que je dois faire ce devoir pour telle date donc qu’il faut que je commence dès ce soir, elles me disent d’arrêter de toucher à mes boutons, elles me disent de recommencer ma phrase parce qu’elle ne veut rien dire. Des fois elles me disent que je suis nulle, que quelque chose ne va pas chez moi, que je devrais changer ça et arrêter de faire « ça », parce que c’est « débile ». Elles me racontent que la vie est courte et que jusqu’ici la mienne n’est rien. Elles me chantent des histoires d’amour que je n’ai pas connues. Elles me répètent les expériences que je n’ai jamais faites, qu’il est honteux de ne pas connaître tel évènement, tel artiste, telle personne. Elles me rabâchent que je ne dois manquer aucun repas, que manger c’est important même si parfois ce n’est pas évident. Elles me font remarquer que l’angoisse me ronge un peu trop parfois, que ce n’est pas bien de se laisser aller, que je dois gommer ces cernes sous mes yeux, que je dois reprendre les rênes de la machine. Elles parlent tout doucement ou m’hurlent dans les oreilles, elles sont puissantes ou fébriles. Elles dominent ou se soumettent. Elles parlent trop, c’est tout ce que je peux dire, elles parlent vraiment trop.

C’est une cacophonie à l’intérieur, un peu épuisante, un peu redondante mais qu’il ne faut pas laisser s’installer. Oh non surtout pas.

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Mais elles arrivent en échos, en troubadours, en trompettes. Elles viennent avec leurs plus beaux apparats et des fois mêmes, elles ramènent leurs copines. Elles font la fête, s’amusent à me brouiller les idées et le cerveau, me font penser que je ne suis plus capable. C’est la fanfare, la cavalcade, le carnaval aux couleurs ternes. Le débarquement en musique, le couplet des commentaires sanguinaires, le refrain du « tu n’es pas assez bien », le pont des défauts à foison. Elles critiquent mon intellect, mon physique, mes fragilités. Elles me font entendre des rires derrière mon dos, me font croire en des mythes qui n’existent pas. Dès fois, elles me donnent les larmes aux yeux, elles me poussent à bout. Elles sont explosives. Elles me font traverser des champs de neige, des déserts incandescents et des montagnes de pluies lacrymales. C’est tout mon intérieur qui tremble, qui ne souffle mot, qui tend l’oreille et qui écoute trop : il veut les faire disparaître, il sait qu’elles ne sont pas reines ici, justes des invités de passage. De passage.

Alors tous les jours, je me bats un peu. Je me bouche les oreilles (de l’intérieur), je ferme les yeux, j’essaie de ne plus les entendre, de ne plus les écouter. Je me dis que non, vraiment, il ne faut pas. Il faut croire en soi, il faut y croire pour mille, il faut oser y croire. Alors tous les jours, je me bats un peu, à l’intérieur. Je prends les armes et je respire si je le peux. Je coupe des cordes, je débroussaille. Alors tous les jours, je me bats un peu, à l’intérieur, pour faire taire toutes les voix. Je répète le même combat et j’attends d’entendre la prochaine trêve, l’unisson, l’harmonie en moi.

Manon

 

 

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9 réflexions sur “Taire toutes les voix

  1. Il est joli ce casse-tête chinois. Je l’aime bien. Peut-être parce qu’il me parle. Merci de l’avoir partagé. J’aimerais bien répondre longtemps, je n’oserai pas ici. Peut-être un jour, on se verra en vrai. En attendant, je te fais des bisous de loin, des bisous de – la vie est belle, dévore-la.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire Céline, il me fait sourire ❤ Oui, un jour, peut être, en vrai de vrai, ce serait chouettement bien.
      (Et merci pour les bisous. Je t’en fais aussi tout plein.)

      J'aime

  2. Je découvre ta jolie plume via IG, et à ce texte-là je ne peux que me reconnaître, tant mon vacarme intérieur m’épuise souvent.

    Je te conseille de lire l’album jeunesse  »ma sorcière et moi ». Vraiment.

    Aimé par 1 personne

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